Je vous propose une revue des couteaux de ma collection dont le manche est constitué d'une tôle repliée.
Le couteau de ce type qui vient immédiatement à l'esprit d'un français amateur de couteaux est de fameux Douk Douk de Cognet.
Il existe cependant bien d'autres couteaux de ce type et nous découvrirons que la version la plus ancienne que je connaisse est allemand.
Nous commencerons notre rubrique par cet ancêtre.
1) LE MERCATOR ALLEMAND
Ce couteau aurait été créé en 1867 par la société Heinrich Kaufmann & Söhne à Solingen. Sa fabrication est reprise depuis 1995 par la société Otter Messer de Rainer Morsbach, toujours à
Solingen.
Par définition, pour figurer dans cet article, le manche de ce couteau est une tôle repliée. Elle est laquée en noir.
Ce couteau comporte un système de blocage de la lame selon le principe de la pompe avant. Le point d'appui sur le levier de déblocage apparait en général dans une echancrure du dos du manche.
Ici, pour simplifier la fabrication du manche, il été pris le parti de faire émerger franchement la queue de ce levier.
Ce couteau comporte en fait six piéces: manche, lame, ressort, levier, butée en plastique recevant la pointe de lame en position fermé et une béliére. Il faut quatre rivets pour assembler
l'ensemble des piéces.
La lame est en acier carbone C75. Il existe toutefois des versions avec lame en acier inox.
La version présentée ci dessus est la version Mercator Katze, dont le manche est décoré d'une silhouette de chat estampée dans la tôle et rehaussée de peinture dorée. Elle est complétée par le
symbole K55K (le dernier K étant en fait imprimé à l'envers, symétriquement au premier).
Je n'ai pas trouvé l'origine de ce symbole.
2) L'HIGONOKAMI JAPONAIS
Il s'agit d'un couteau d'aspect très simple, voire rustique. Il comporte deux piéces (lame et manche) assemblées par le rivet de l'axe de la lame. Ce rivet en acier porte sur deux rondelles de
laiton.
Le manche est constitué d'une tôle de laiton repliée.Ce couteau ne comporte aucun système de blocage (système un clou à friction) et, vu de chez nous, il s'agirait d'un piémontais, La lame est
maintenue en position ouverte par un appui du pouce sur la lentille (extrémité recourbée de la lame coté axe).
Cette lentille sert par ailleurs à ouvrir le couteau. En effet, couteau fermé, la lame est innaccessible et ne peut se manipuler que par la lentille. La friction assez forte entre lame et manche
assure le maintien de la lame en place couteau fermé.
L'aspect rustique du couteau pourrait faire oublier que les artisans japonnais sont de remarquables forgerons.
La lame de ces couteaux est en effet constituée d'un sandwich de deux aciers (sanmai) un acier dur, assurant la coupe, étant enserré par deux flancs en acier plus doux qui assurent la solidité de
la lame.
Historiquement, ce couteau serait apparu en 1896, quand les forgerons japonais se sont vu interdire la fabrication des fameux sabres. Le nom Higonokami (Seigneur de Higo) aurait été déposé par une
confrérie de forgerons de Miki en 1907. A ce jour il ne reste qu'un artisan faisant partie de cette confrérie: il s'agit de Motosuke Nagao qui est le fabricant du couteau présenté ici. Seuls ses
couteaux ont droit à l'appellation Higonokami.
Il existe cependant d'autres fabricants qui élaborent des couteaux de ce type qui portent souvent un nom parodiant Higonokami.
Pour en revenir au couteau présenté, le poinçon sur la lame indique sa constitution et la qualité des aciers employés.
Les idéogrammes estampés sur le manche en laiton indiquent le nom et titre de l'artisan qui a réalisé ce couteau.
Une réplique courante porte sur le manche une représentation du célèbre samourai Musashi.
3) LE DOUK DOUK
Ce couteau bien connu a été créé par COGNET en 1929, donc très postérieurement aux deux premiers examinés.
Il s'agit d'un couteau doté d'un système de cran plat, de construction plus simple que le Mercator, mais plus complexe que l'higonokami.
Ce couteau comporte quatre piéces: manche, lame, ressort et béliére. Il est assemblé par quatre rivets.
A l'origine la lame etait en acier carbone, de même type que celui du Mercator. Le modéle présenté ci dessus est en acier inox 440.
Le motif du Douk Douk, estampé sur la tôle noircie du manche, correspond à un esprit de la forêt dans la culture mélanésienne. Ce motif avait été trouvé par Cognet dans le Petit Larousse!
La lame reçoit une décoration gravée à l'eau forte.
4) COUTEAU DU RAJASTAN
Ce couteau trouvé sur un marché du Rajastan est un pur produit d'une petite industrie indienne.
Ce couteau de fabrication très rustique est en fait de structure assez complexe:
La lame coulisse dans le manche qui est constitué de quatre éléments de laiton replié, articulés.
Ce couteau comporte six piéces: lame, quatre éléments constituant le manche, une coulisse en bronze moulé, un étrier de blocage du manche, également en bronze moulé.
Ces éléments sont assemblés par sept rivets.
La lame est en acier carbone de qualité non précisée, mais assurement très médiocre!
Voici une vue du couteau fermé.
Il s'agit donc bien d'un couteau fermant, à manche en tôle repliée, de conception astucieuse mais de fabrication très médiocre.
5) COUTEAUX MODERNES SUR LE MEME PRINCIPE
5-1) "Higonokami" d'Alexandre Federbe
Cet artisan français, très marqué par le Japon, produit des couteaux de type higonokami, qui ne peuvent cependant revendiquer ouvertement ce nom.
Le principe est le même, le couteau ne comportant que deux piéces: lame et manche.
La lame n'est cependant pas un sandwich sanmai mais une lame en acier carbone XC75. Cette lame a reçu un revêtement partiel en cuivre et une patine noire.
Le manche en cuivre a reçu un habillage en galuchat blanc du plus bel effet.
Les simples rondelles sur l'axe de la lame ont été remplacés par des rosaces.
5-2) Douk Douk Damas de J.P. Veysseyrre
Il s'agit du résultat d'une colaboration entre J.P. Veysseyre et Pierre Cognet.
J.P. Veysseyrre à forgé le damas et entiérement fabriqué la lame en damas à tranchant rapporté.
C'est Pierre Cognet qui à plié la tole du manche et de la béliére et qui a fait l'assemblage final.
Ce couteau ne peut recevoir l'estampage du Douk Douk sur le manche, ni le décor floral sur la lame.
Il s'agit cependant d'un authentique Douk Douk!
5-3) Le D6 d'Alain Descy
Il s'agit d'un couteau moderne issu de l'imagination féconde d'Alain Descy.
Le manche est bien entendu une tôle repliée qui est ici habillée de plaquettes en palissandre.
La grande particuliarité de ce couteau réside dans le système de blocage de la lame qui se fait par le curseur visible sur le dessus du manche. Ce curseur coulisse le long du manche, poussé vers
l'avant par un ressort. Le déblocage du couteau se fait en tirant le curseur vers l'arriére.
La lame de ce couteau est en acier semi inoxydable D2.
5-4) Le tri folder de Pietro Beretta
Il s'agit d'un couteau dont le manche en tôle pliée est composé de deux éléments:
La lame se replie à l'intérieur de la coquille formée par les deux éléments du manche.
Noter sur ce couteau que le fil de la lame est à l'intérieur du triangle. Quand le couteau est ouvert la lame se bloque en toute sécurité sur la traverse basse.
Fred Perin a pour sa part conçu un couteau de même type mais dont le fil est à l'extérieur du triangle. Ceci correspond à la possibilité de "flipper" ce couteau comme un balisong, mais présente une
moindre sécurité vis à vis de la stabilité de la lame qui risque de se refermer si le manche n'est pas tenu fermement pendant la coupe.
5-5) Le Zig de Mickael Moing
Il s'agit encore d'un couteau dont le manche est constitué d'une tôle. Il est ici habillé de plaquettes de fer et décoré de divers clous en cuivre, laiton et maillechort.
La particularité de ce couteau à système cran forcé est que le ressort est en fait constitué par une découpe dans le repli de la tôle constituant le repli.
Cette vue rapprochée montre bien le ressort découpé prés du repli de la tôle.
6) CONCLUSION
Je vous ai présenté une série de couteaux d'origines très variées aussi bien dans le temps que dans l'espace.
Le seul point commun de ces couteaux est que dans tous les cas le manche est constitué d'éléments de tôle repliés.
Les mécanismes vont du plus simple (higonokami, système piémontais à un clou) au plus sophistiqué (D6 d'Alain Descy qui présente un système de blocage par curseur).
L'IMAGINATION DES COUTELIERS, SOUS TOUTES LES LATITUDES, EST TOUJOURS DEBORDANTE!
C'EST POUR CELA QUE L'ON DEVIENT COLLECTIONNEUR DE COUTEAUX!